A travers les siècles

Un projet gigantesque pour une ville trop à l'étroit

Nous sommes à Lyon au XVIIIème siècle, la ville est coincée entre la colline de Fourvière à l’Ouest, celle de la Croix Rousse au Nord et le Rhône, qu’elle a bien du mal à franchir, à l’Est. Au sud, les deux fleuves se rencontrent dans un immense marais impraticable. L’ingénieur Antoine-Michel Perrache présente, en 1766, un projet de digue qui permettrait le remblaiement du site et ainsi l’étalement de la ville. Mais la France est agitée, le projet est retardé par la révolution de 1789. 
Au début du siècle suivant, les industries anglaises sont en pleine expansion. La métallurgie, le textile et la vapeur tirent un bouleversement majeur : la révolution industrielle arrive en France. Le projet d’agrandissement se fait attendre tant les besoins en espaces sont importants. Lyon accélère les travaux, les premières usines s’installent : en 1839, le projet est enfin terminé et s’ouvre une nouvelle page.

Le nouveau souffle

Ce nouvel espace maintenant disponible, les projets s’enchaînent : le quartier s’organise autour d’une gare d’eau, qui ne sera jamais terminée, et du train, qui relie la ville à St Étienne dans les années 30, et très vite à Marseille et à Paris. Les crues exceptionnelles qui frappent Lyon en 1840 et 1856 retardent des projets et endommagent les digues. Les nouvelles entreprises se font rares (Usine de construction navale en 1870) en cette fin de siècle, mais les anciennes gagnent en notoriété.
 En 1857, le quartier accueille la grande gare de Perrache. La presqu’île est coupée en deux, c’est de fin de l’ouverture de la ville sur ce quartier et le début de l’enfermement de celui-ci.

Derrière les voûtes

À la fin du XIXe siècle, le cœur de Confluence bat au rythme des nombreuses industries qui la composent. Cependant, leur nombre n’augmente plus autant qu’avant. Au contraire, certaines usines commencent même à se délocaliser vers d’autres quartiers de Lyon.
Au début du XXe siècle, la pointe de Confluence est encore largement délaissée. À cette période, l’expansion urbaine se manifeste essentiellement au Nord et à l’Est du quartier. Pour rendre les industries plus efficaces, on y fait construire de nombreux immeubles afin de pouvoir loger les nombreux ouvriers à proximité de leurs usines. Avec ces nombreux foyers, les pouvoirs publics doivent installer des services de proximité comme des écoles, un centre de poste ou une gendarmerie. On remarque aussi que certains services proposés sont adaptés à la population du quartier assez précaire. Ainsi, la ville y construit un asile et les Dames de St-Charles aménagent très tôt un orphelinat. De tous ces éléments, ajoutés à la fracture géographique créée par la gare Perrache, naîtra l’expression “derrière les voûtes” et avec elle, tout un imaginaire de pauvreté, d’insalubrité et de criminalité.

L'ère du béton

 Un siècle plus tard le quartier Confluence s’est bien développé, accueillant après la Seconde Guerre Mondiale diverses activités, qu’elles soient économiques (le marché-gare, la compagnie des Omnibus et Tramway), industrielles (le Port Rambaud, la Sucrière, la gare de marchandises) ou sociales (Boulodrome Edouard Herriot, Patinoire Charlemagne). Une figure emblématique va changer le visage de la presqu’île : Louis Pradel. Elu maire en 1957, il le restera jusqu’à sa mort 20 ans plus tard. Son nom a marqué les années 70 durant lesquelles il entreprit de grands travaux dans la ville, notamment la Confluence. Grand amateur d’automobile, il était fasciné par les villes américaines que l’on pouvait traverser en auto. Deux projets seront concrétisés sur la presqu’île : l’autoroute A7 et les centre d’échange Perrache, si souvent décrié. Tous ces projets lui vaudront le surnom de Bétonneur pour les plus polis…

Renaissance

Les années 2000 ont marqué un nouveau tournant pour le quartier de la Confluence. Considéré auparavant comme un lieu où il ne valait mieux pas aller, l’ambition était de créer une nouvelle image pour le quartier. L’évènement déclencheur pour que les lyonnais aillent enfin au-delà des voûtes fût la biennale d’art contemporaine de Lyon en 2003, dans l’ancien entrepôt à sucre, la célèbre Sucrière. En 20 ans, le quartier a complètement changé de visage et n’a toujours pas fini d’évoluer. Il accueille aujourd’hui une mixité fonctionnelle et sociale en tous points : on peut à la fois y travailler, faire son shopping, se cultiver, s’amuser, se détendre, se promener et habiter. La Confluence, c’est aussi le Lyon moderne. Empruntez le passage par les voutes et vous arriverez dans un quartier aux formes architecturales diverses, souvent surprenantes : comme les Cubes Orange et Vert ou encore le mythique Musée des Confluences qui aura fait couler beaucoup d’encre.